Un rude hiver, Les Halles

« Il s’était éloigné de la mer et se trouvait maintenant en pleine ville, du côté des Halles. Au coin d’une rue, une putain surgit de l’embrasure d’une porte. Elle tenait au-dessus de sa tête un parapluie déployé.
Elle lui dit :
- Tu viens, chéri ?
Il la regarda :
- Pourquoi faire ?
Elle fut assez surprise. Elle ne sut que reprendre :
- Tu viens, chéri ?
Il demanda de nouveau :
- Pourquoi faire ?
Elle continua sa mélopée :
- Pour toi ce ne sera que cent sous.
Il haussa les épaules :
- Cent sous, et vous ne pouvez même pas m’expliquer pourquoi faire.
Elle s’irritait :
- Fais pas l’idiot, beau brun. Cent sous c’est pas cher. Vise si je suis bien roulée.
Il l’examina :
- C’est le parapluie que je n’aime pas.
Il s’en fut. Elle criait :
- Salaud, goujat, mufle.
Il se sentait malade de désir. Helena.
Helena. Helena.
Helena. »

Raymond QUENEAU, Un rude hiver©Gallimard, 1939. Citation extraite du volume L’Imaginaire Gallimard, p. 66. www.gallimard.fr



Lieux : Étape 13 - Les Halles.
Quartier : Centre reconstruit
Epoque : XXe < 1944
Genre : Roman