scoop Facebook



Accueil > Un rude hiver, Saint François

Un rude hiver, Saint François

« Le hameau s’abrita contre un hangar pour laisser passer le grain, les cargos peinaient sur l’eau lente des bassins, et les marchandises reposaient sur la pierre luisante des quais, et il arriva dans Saint-François avec la nuit, lorsque la pluie eut cessé. Comme escargots après l’orage, des humains de diverses espèces se montrèrent : les sous-maîtresses se collèrent devant leur porte pour héler les passants ; des représentants des divers continents apparaissaient çà et là, leçon gratuite d’ethnographie, et des représentantes pour, payante, la vénérologie. Le long du Grand Quai étaient amarrés les bateaux à roues qui traversaient l’estuaire, et le courrier de Southampton. Lehameau s’arrêta là, regardant distraitement l’inexplicable activité de deux ou trois marins ou stewards abandonnés sur le pont. Il nota soigneusement le lieu exact du débarquement, sa situation, ses approches, puisqu’il pensait à Helena.
C’était là.
C’était là que, pour la première fois, elle avait touché le sol de France.
La France. Helena.
Helena. Helena.
Helena. »

Raymond QUENEAU, Un rude hiver©Gallimard, 1939. Citation extraite du volume L’Imaginaire Gallimard, p. 74. www.gallimard.fr